J’ai fais un voyage à Sao Tomé il y a quelques mois, et je tenais à vous faire découvrir un des derniers pays d’Afrique noire inconnu du tourisme mondial.
Cette ancienne colonie portugaise est composée de 2 îles volcaniques (les volcans sont éteints depuis la préhistoire, pas de soucis à se faire de ce côté là !) de 1001 km² en tout : Sao Tomé et Principe, qui se trouvent elles dans le golfe de Guinée sur l’équateur, à 350 km du Gabon. Rendez-vous sur Wikipédia pour en savoir plus sur Sao Tomé & Principe.
Peu de gens y parlent français. Il faut alors se débrouiller avec ses quelques mots d’espagnol (vieux souvenirs !) qui ressemble de près au portugais. Les longs dialogues que j’ai eu avec les enfants sao-tomiens sur la plage de l’hôtel (que nous partagions avec les pêcheurs de l’île) ont été de vrais instants de bonheur. Nous avons beaucoup rit, j’ai essayé de leur demander leurs prénoms, leurs âges (ce qui reste assez simple), mais quand il a fallu parler des études, de l’égalité petites filles / petits garçons, les gestes et les mots n’ont plus suffit… mais une petite fille connaissait heureusement quelques mots de français et elle a pu jouer le rôle d’interprète bien souvent.
Les enfants que j’ai vu ne partiront sans doute jamais de cette île, ni même de ce village de pêcheurs. Ils vont tous et toutes à l’école, mais à 10 ans ils ne savent pas tous écrire. Les enfants étaient vraiment très heureux, ils passent beaucoup de temps sur la plage à jouer avec des poissons séchés ou des bouteilles en plastique transformées en petits chariots qu’ils trainent derrière eux sur le sable. Les conditions de vie sont très très rustres : par terres, dans le village, de la terre avec de nombreux bris de verre, des déchets, des carcasses de volailles. Les maisons sont tout de même en dur, et les familles vivent parfois dans deux maisons (quand je dis “maison”, il s’agit d’un bâtiment rectangle d’une pièce d’environ 30m²), dans l’une les enfants, dans l’autres les adultes et les anciens. Les enfants m’ont invité à visiter leur village et tous les habitants m’ont accueilli avec un grand sourire.
Je n’ai en général pas senti de haine ou de racisme ni de la part du peu de touriste ni de la part des insulaires. Les sao-tomiens ne sont pas habitués à voir des touristes, et leur méfiance est vite effacée quand le dialogue se fait. Le tourisme n’a pas encore fait ses ravages habituels dans ce pays, je n’ai pas entendu parler de tourisme sexuel, mais les enfants qui comprennent toujours tous avant les adultes viennent réclamer de l’argent auprès des touristes (ce qui veut dire que malgré le “très peu” de touristes qui viennent il y a des connards qui n’ont toujours pas compris tout le mal qu’ils font en donnant de l’argent aux enfants). La prise de photo n’est pas perçue comme une attaque, pour peu qu’on ait la délicatesse de demander la permission aux gens, mais n’oubliez pas ensuite de montrer la photo prise sur votre appareil numérique, c’est un signe de remerciement et surtout un moment de joie pour eux de se voir en photo ! Malheureusement, il sera pour vous presque impossible d’envoyer les photos aux personnes croisées, les services postaux étant loin d’être opérationnels.
Les hommes et les femmes vivent sur un pied d’égalité, les couples sont monogames mais d’après ce que j’ai compris, ils se forment par amour pour le temps que dure l’amour, puis l’homme et la femme vont voir ailleurs et reforment d’autres couples. Bref, pas de libertinage mais plusieurs couples d’amour dans une seule vie (le sida est bien présent là-bas et il va donc y rester bien longtemps). Les filles sont, comme ailleurs en Afrique noire, enceintes très jeunes.
J’ai aussi rencontré l’élite du pays. Si vous y allez, vous aurez un guide qui sera (au minimum) trilingue. Souvent métisses (ancêtres colons), leurs familles sont plus riches et les enfants font des études (parfois en France !), et vous pourrez échanger avec eux sur la politique et l’avenir du pays sans aucun problème et dans un français impeccable. J’ai croisé encore sur la route nationale qui va au centre de l’île (vers le cratère du volcan) le gouvernement Sao-Tomien (la route nationale est une route dont les premiers kilomètres sont en goudrons puis rapidement en terre, jusqu’à devenir un chemin improvisé dans la jungle, où les ponts de pierre se sont écroulés !). Le gouvernement (10 ministres environs) se déplace avec 10 gros 4×4 noirs, avec sirènes et à 80km/h. C’est assez impressionnant ! En tout cas, leurs 4×4 et leurs maisons sont magnifiques. Vous me direz, il faut bien que les aides humanitaires de la France servent à quelque-chose (le France est le pays qui leur donne le plus d’aides). La seule vraie richesse de ce pays est le pétrole, et se sont les américains qui ont obtenu le contrat de prospection (on a encore merdé sur ce coup !). Le pays est également un gros producteur de cacao (qu’ils exportent la plupart du temps tel quel). Le chocolat qui en est fait est réputé pour son amertume et son goût très fort.
Sao Tomé est un tout tout petit pays qui vaut le détour, et qui vaut surtout la peine qu’on le protège d’un certain tourisme. Mais je ne crois pas que l’île devienne un complexe touristique, le ciel y est très souvent voilé et l’eau y est tiède mais pas brûlante. J’y ai vu des paysages merveilleux, une végétation extraordinaire, des gens chaleureux et calmes (très calmes !) qui prennent le temps de vivre. J’ai rencontré des enfants heureux, qui se marraient en lançant des (hahiiiii ! - comme on ferait un houuuuu !) au jeune couple de touristes qui se faisaient des bisous sur la plage, j’ai vu la misère (bien qu’il n’y ait pas de famine, la végétation équatoriale étant très riche), j’ai vu la souffrance des petits lorsque la crise de paludisme arrive. J’y ai senti des odeurs fortes, de nature, de poissons, de nourriture. J’y ai mangé des fruits délicieux ! J’y ai fait des rencontres amicales. J’ai aimé ce petit coin protégé du monde.